Lorsqu’un entrepreneur crée sa société, une question clé se pose : quel statut de dirigeant choisir ? SAS ou SASU comme président assimilé salarié ou SARL ou EURL, avec un statut de travailleur non salarié (TNS) ?
Ce choix a un impact sur trois leviers : la rémunération, la protection sociale et la fiscalité du dirigeant.
En effet, le statut social du chef d’entreprise détermine le régime de cotisations, les droits à la retraite ou à la maladie, ainsi que le coût global pour l’entreprise. Pourtant, ces différences sont souvent mal connues ou sous-estimées au moment de la création.
Prenons un exemple : pour un même revenu net, un président de SAS peut coûter 25 à 30 % plus cher à son entreprise qu’un gérant TNS. En contrepartie, il bénéficie d’une meilleure couverture sociale.
Dans cet article, nous comparons les deux statuts – président de SAS/SASU et TNS – afin de vous aider à choisir en fonction de votre situation et de vos objectifs. Nous aborderons leur statut social, leur protection, leur fiscalité et les critères pratiques à considérer.
Statut social du dirigeant : assimilé salarié ou travailleur non salarié ?
Le choix entre SAS/SASU et SARL/EURL détermine le statut social du dirigeant. Un enjeu crucial, car il impacte le régime de cotisations, la couverture sociale, et la perception de sa rémunération.
En pratique, deux régimes coexistent : celui de l’assimilé salarié (pour le président de SAS/SASU) et celui du travailleur non salarié (TNS, pour le gérant majoritaire de SARL/EURL).
Le président de SAS ou SASU : un dirigeant assimilé salarié
Le président de SAS/SASU relève du régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié. Il bénéficie ainsi d’une protection sociale alignée sur celle d’un cadre : assurance maladie, retraite de base et complémentaire, allocations familiales, etc. En revanche, il n’a pas droit à l’assurance chômage, sauf cas spécifiques (établissement d’un contrat de travail distinct avec un lien de subordination réel).
Cette assimilation au régime salarié implique, en pratique :
- Une rémunération du président qui donne lieu à un bulletin de salaire mensuel.
- Des cotisations sociales prélevées sur la rémunération brute, avec des taux élevés, alignés sur ceux d’un salarié.
- Une protection sociale de qualité, notamment en matière de couverture maladie et de retraite.
Point clé :
Ce statut offre sécurité et crédibilité, notamment utile pour les levées de fonds ou les partenariats, mais il implique un coût social plus élevé pour l’entreprise.
Le gérant majoritaire de SARL ou d’EURL : un travailleur non salarié (TNS)
Le gérant majoritaire de SARL ou EURL est rattaché au régime général de la Sécurité sociale, comme les salariés. Toutefois ce statut, propre aux travailleurs non-salariés, se distingue par plusieurs particularités.
Les principales caractéristiques du TNS :
- Il ne perçoit pas de bulletins de salaire : les revenus sont déclarés sous forme de rémunération du gérant.
- Les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice ou la rémunération perçue. Elles s’élèvent à un taux global de 44 à 45%.
- Le niveau de charges sociales, plus faible que celui des SAS (75 à 82 %), permet d’améliorer significativement la rentabilité nette du dirigeant.
En revanche, la protection sociale reste moins complète :
- Les indemnités journalières sont plafonnées.
- Les prestations retraite sont moins généreuses.
- Certaines couvertures (prévoyance, mutuelle, retraite complémentaire) doivent être souscrites volontairement pour obtenir une protection équivalente à celle d’un assimilé salarié.
A noter : Les écarts entre les deux régimes se sont réduits au fil des années, notamment sur la couverture maladie et maternité. Le statut TNS reste toutefois plus avantageux pour les dirigeants souhaitant optimiser leur rémunération.
Un écart de coût significatif pour l’entreprise
À rémunération nette équivalente, le coût pour l’entreprise varie fortement selon le statut choisi. Par exemple, pour verser 3 000 € nets par mois, une société devra débourser :
- environ 5 100 à 5 400 € en SAS/SASU (assimilé salarié),
- environ 4 200 € en SARL/EURL (TNS)
Cet écart, qui peut atteindre 1 050 € par mois, s’explique par le niveau de cotisations sociales, bien plus élevé pour le régime général. D’où l’importance de simuler différents scénarios avant de choisir le statut juridique de son entreprise.
En résumé
Président de SAS/SASU ou gérant TNS : les différences clés
| Critère | Président SAS/SASU Assimilé salarié | Gérant SARL/EURL TNS |
|---|---|---|
| Régime d’affiliation | Régime général | Régime général |
| Bulletin de salaire | Oui | Non |
| Niveau de cotisations | Élevé, environ 70 à 80 % | Modéré, environ 40 à 45 % |
| Protection sociale | Meilleure couverture | Moins protectrice |
| Assurance chômage | Non, sauf cas exceptionnel | Non |
| Image professionnelle | Institutionnelle | Entrepreneuriale |
Protection sociale : quelles différences en pratique ?
Le choix entre le statut d’assimilé salarié et celui de travailleur non salarié dépasse la seule question des cotisations. Il influence également la qualité de la protection sociale du dirigeant, qu’il s’agisse de la couverture santé, de la retraite, des indemnités en cas d’arrêt de travail ou de la maternité. Autant d’éléments à prendre en compte pour évaluer le « vrai » coût de chaque statut.
Maladie, maternité, retraite : des régimes différents
Couverture maladie et maternité
- Président de SAS/SASU : affilié au régime général, il bénéficie d’une couverture maladie et de prestations maternité/paternité plus avantageuses. Les remboursements de soins, les indemnités journalières en cas d’arrêt maladie et les prestations maternité/paternité sont plus élevées et versées plus rapidement (délai de carence de 3 jours au lieu de 7 jours pour TNS).
- TNS (SARL/EURL) : la couverture maladie est également assuré par le régime général.
Depuis 2018 et l’intégration des indépendants au régime général, les prestations se sont rapprochées de celles du régime général, mais conservent des limites, notamment en raison de leur plafond d’indemnisation.
Prestations maternité/paternité
- Le président de SAS bénéficie de prestations équivalentes à celles d’un salarié, calculées sur sa rémunération réelle.
- Le TNS peut aussi percevoir des indemnités journalières et une allocation forfaitaire de repos maternel, mais les montants restent plafonnés.
Retraite
- Le président de SAS cotise au régime de retraite de base et complémentaire des salariés (Agirc-Arrco), ce qui lui permet d’acquérir des droits dans un système structuré et lisible.
- Le TNS relève d’un régime spécifique aux indépendants. À revenus équivalents, la retraite de base est donc moins élevée que pour un assimilé salarié.
En pratique, pour maintenir un niveau de retraite satisfaisant, un dirigeant TNS devra souvent compléter sa couverture par un contrat type Madelin ou un PER individuel.
Assurance chômage et prévoyance : le point faible des deux régimes
Ni le président de SAS/SASU ni le gérant TNS ne bénéficient de l’assurance chômage en cas de cessation d’activité.
En effet, ces dirigeants ne sont pas assimilés à des salariés au sens du Code du travail, faute de lien de subordination.
Cependant des cas exceptionnels existent. Un dirigeant peut y prétendre s’il cumule un contrat de travail distinct de ses fonctions de direction, avec un lien de subordination avéré. Ces situations restent rares et strictement encadrées par Pôle emploi.
Que faire pour se protéger ?
Les deux profils peuvent souscrire à :
- Une assurance perte d’emploi spécifique (facultative, souvent coûteuse).
- Un contrat de prévoyance couvrant l’incapacité de travail, l’invalidité ou le décès.
- Un contrat type Madelin pour les TNS, qui permet de déduire fiscalement les cotisations de prévoyance ou de retraite complémentaire.
Niveau de sécurité financière : la question du « risque personnel »
Le statut TNS, moins onéreux en cotisations, offre une souplesse financière immédiate, mais nécessite une gestion active de sa protection (mutuelle, prévoyance, retraite).
À l’inverse, le président de SAS/SASU profite d’une couverture « clé en main » mais à un coût élevé, ce qui pèse sur la trésorerie de l’entreprise.
Le choix dépend donc de votre tolérance au risque en tant que dirigeant :
- Si vous privilégiez la sécurité et la simplicité administrative, la SAS/SASU est souvent plus adaptée.
- Si vous préférez optimiser vos revenus et que vous êtes prêt à compléter votre protection par des contrats privés, le statut TNS peut être plus avantageux.
En synthèse
Protection sociale : les principaux écarts à retenir
| Aspect | Président SAS/SASU | Gérant TNS SARL/EURL |
|---|---|---|
| Maladie / maternité | Meilleure couverture, prestations plus élevées | Couverture correcte mais plafonnée |
| Retraite | Retraite de base et complémentaire avantageuses | Retraite de base moins élevée, complément souvent nécessaire |
| Chômage | Non couvert | Non couvert |
| Prévoyance / complémentaire | Facultatif (à souscrire) | Recommandé |
| Gestion | Bulletin de salaire | Déclaratif |
Rémunération et fiscalité : un impact majeur sur le coût global
Au-delà du statut social, une question revient souvent chez les dirigeants:
« Lequel des deux statuts me permettra de gagner plus, à effort égal pour mon entreprise? »
C’est précisément sur ce point que la différence entre président de SAS/SASU et TNS est la plus marquée. Cotisations, fiscalité, dividendes… Analysons ensemble les impacts sur la rémunération du dirigeant.
Cotisations sociales : un écart significatif
Le président de SAS/SASU : des cotisations élevées mais une couverture sociale complète
- Les charges sociales du président assimilé salarié s’élèvent généralement à 75 à 82 % du salaire net versé. Par exemple, pour percevoir 3 000 € nets, l’entreprise devra débourser environ 5 100 à 5 400 €.
- Ces cotisations financent une protection sociale complète, proche de celle d’un salarié cadre. En contrepartie, ce système est plus coûteux pour l’entreprise, surtout en phase de démarrage.
Le gérant TNS : des cotisations allégées pour une meilleure rentabilité
- Les cotisations sociales d’un TNS représentent environ 44 à 45 % du revenu net. Pour obtenir 3 000 € nets, le coût pour l’entreprise est d’environ 4 320 à 4 350 €.
- Le gérant bénéficie ainsi d’un meilleur rendement sur sa rémunération, mais avec une protection sociale moins complète.
Exemple :
Pour un revenu net annuel de 36 000 € : le coût est de 63 000 € pour l’entreprise en SAS/SASU contre 52 000 € en SARL/EURL (TNS). Soit un écart de 11 000 €, uniquement lié aux cotisations sociales.
Dividendes : un traitement fiscal différent
En SAS/SASU
- Les dividendes versés aux associés, y compris au président, ne supportent pas de cotisations sociales. Le dirigeant peut opter pour la flat tax à 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux) ou le barème progressif de l’IR (après un abattement de 40% sur le montant brut des dividendes) avec les mêmes prélèvements sociaux de 17,2% .
- Ce régime est donc souvent avantageux pour les dirigeants qui peuvent se verser une partie de leurs revenus sous forme de dividendes, surtout lorsque la société dégage des bénéfices.
En SARL/EURL
- Les dividendes versés au gérant majoritaire sont partiellement soumis à des cotisations sociales : la partie dépassant 10 % du total formé par le capital social, les primes d’émission et le compte courant d’associé est assujettie aux charges sociales. En dessous de ce seuil, seule la flat tax s’applique.
- Résultat : le versement de dividendes est moins intéressant pour un TNS que pour un président de SAS. En pratique, le TNS privilégiera donc souvent une rémunération directe plutôt que des dividendes, afin d’éviter une double imposition.
Impôt sur le revenu : l’impact du mode d’imposition
SAS/SASU
Par défaut, les bénéfices sont imposés à l’impôt sur les sociétés (IS). Le président est ensuite imposé à titre personnel sur les rémunérations et dividendes. Ce double niveau d’imposition peut être optimisé par un arbitrage entre salaire et dividendes.
SARL/EURL
Par défaut, les bénéfices de l’EURL sont imposés directement entre les mains du gérant (régime de la transparence fiscale). Cependant l’entreprise peut opter pour l’impôt sur les sociétés (IS), ce qui permet de mieux maîtriser la fiscalité et de lisser les revenus du dirigeant. Ce choix offre une grande flexibilité fiscale, notamment pour les entrepreneurs individuels.
L’arbitrage salaire/dividendes : un levier d’optimisation
Le statut SAS/SASU offre une plus grande liberté pour moduler la rémunération du dirigeant : se verser un salaire modéré, pour valider ses droits sociaux puis compléter par des dividendes, fiscalement plus avantageux.
En SARL/EURL, cette stratégie est moins flexible à cause des cotisations sur dividendes, mais elle reste possible dans certaines configurations (notamment avec un capital social plus élevé).
Point clé : avant de choisir votre statut, faites simuler votre coût global de rémunération. Selon votre revenu cible, vos besoins de protection et le résultat prévisionnel de votre entreprise, l’arbitrage optimal n’est pas toujours celui qu’on imagine.
En synthèse
Rémunération et fiscalité : les impacts à comparer
| Aspect | Président SAS/SASU | Gérant TNS SARL/EURL |
|---|---|---|
| Cotisations sociales | 75 à 82 % du net | 44 à 45 % du net |
| Coût pour l’entreprise pour 3 000 € nets | Environ 5 100 à 5 400 € | Environ 4 320 à 4 350 € |
| Dividendes | Flat tax à 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, ou barème progressif de l’IR après abattement de 40 %, sans cotisations sociales. | Cotisations sociales au-delà de 10 % du total formé par le capital social, les primes d’émission et le compte courant d’associé. |
| Arbitrage salaire / dividendes | Très flexible | Limité |
| Fiscalité des bénéfices | IS obligatoire, avec option temporaire à l’IR possible pour les SASU sous conditions. | IR par défaut, avec option possible pour l’IS. |
Opter entre SAS/SASU et TNS : une question de stratégie
Le choix entre un statut de président de SAS/SASU et celui de travailleur non salarié ne se résume pas une simple comparaison de chiffres ou de taux de cotisations. C’est avant tout une décision stratégique, qui prend en compte le profil du dirigeant, ses priorités personnelles et la phase de développement de l’entreprise.
Un même statut ne conviendra pas forcément à tous les profils : un créateur d’entreprise solo, à une entreprise en pleine croissance, ou à un entrepreneur qui envisage de lever des fonds.
Privilégier la sécurité et la crédibilité : le choix de la SAS/SASU
Le statut de président de SAS ou SASU séduit les dirigeants recherchant une stabilité sociale et une crédibilité professionnelle. Le régime assimilé salarié offre une sécurité renforcée, car les droits maladie et retraite sont alignés sur ceux des salariés, et la gestion est simplifiée grâce à un bulletin de salaires.
Ce statut convient particulièrement :
- Aux entrepreneurs priorisant une protection sociale complète, malgré des cotisations plus élevées.
- Aux projets ambitieux nécessitant des levées de fonds, grâce à la flexibilité du capital et de la gouvernance.
- Aux dirigeants issus du salariat qui veulent conserver un régime social similaire, sans rupture dans leurs droits.
Point de vigilance : le coût global du statut, élevé, peut peser sur la trésorerie des jeunes entreprises. Il est alors conseillé de limiter la rémunération initiale et de s’assurer d’une trésorerie suffisante.
Optimiser la rentabilité et la flexibilité : l’avantage du TNS
Le statut du gérant majoritaire de SARL ou d’EURL convient aux dirigeants qui privilégient l’efficacité économique et la simplicité administrative.
Avec des charges sociales allégées, il permet de dégager un revenu net plus élevé à effort équivalent pour l’entreprise — un atout majeur, surtout en phase de lancement.
Ce statut est particulièrement adapté :
- Aux entrepreneurs individuels ou en couple, gérant seuls leur structure.
- A ceux qui préfèrent personnaliser leur protection sociale, en souscrivant eux-mêmes une mutuelle, une prévoyance ou une retraite complémentaire adaptée.
- Aux dirigeants axés sur l’optimisation de leur rémunération plutôt que la maximisation de leur couverture sociale.
A noter : Le TNS doit être proactif dans sa gestion (suivi des cotisations, anticipation des appels de charges, couverture complémentaire). Un accompagnement comptable et social permet de maîtriser ces aspects sans difficulté.
Une décision à personnaliser selon vos objectifs
En réalité, il n’existe pas de « meilleur » statut universel : tout dépend de votre projet et de vos priorités. Préférez-vous sécuriser votre avenir personnel avec une protection complète ? maximiser votre revenu disponible pour réinvestir dans votre activité ?
C’est pourquoi un audit personnalisé avec un expert-comptable est essentiel. En croisant votre rémunération cible, vos besoins de protection, votre situation familiale et les perspectives de votre entreprise, il est possible d’identifier la solution la plus équilibrée. Une analyse qui permet d’éviter des erreurs de départ coûteuses ou des changements de structure complexes ultérieurement.
Opter entre le statut de président de SAS/SASU et celui de travailleur non salarié (TNS) ne se résume pas à une formalité administrative. Cette décision est un choix structurant pour le dirigeant, qui influence à la fois sa rémunération, sa protection sociale et la fiscalité globale de son entreprise.
En pratique, le bon arbitrage dépend de votre situation personnelle, de vos objectifs à court et long terme, et de la maturité de votre entreprise. Il n’existe pas de modèle universel.
L’accompagnement d’un expert-comptable prend ici tout son sens. Grâce à une simulation sur mesure tenant compte de vos revenus, de vos besoins de protection et de vos ambitions, votre expert-comptable peut vous aider à trancher en toute sérénité entre les deux statuts et à mettre en place la structure la plus adaptée à votre projet.
Besoin d’éclaircissements ?
Notre cabinet allie proximité, expertise pointue et compréhension fine des enjeux pour accompagner les dirigeants dans leurs choix stratégiques et sociaux, de la création au développement de leur activité. Ensemble, faisons le point sur votre statut de dirigeant et identifions la solution la plus adaptée à votre situation.





